Le Syndrome de l’Imposteur – PVY107

syndrome de l'imposteur

Il y a de fortes chances que vous ayez entendu parler du syndrome de l’imposteur, et même que vous en souffriez parfois, surtout si vous êtes une femme. 

Qu’est ce que le syndrome de l’imposteur ?

C’est un malaise, un doute que l’on ressent parfois, qui nous donne le sentiment de ne pas être à notre place, de faire des choses pour lesquelles nous ne nous sentons pas suffisamment qualifiés, et que d’autres feraient certainement mieux que nous. Cela peut être tellement puissant, que cela nous paralyse totalement dans nos actions. C’est particulièrement présent dans le monde professionnel. 

On se demande “mais qu’est ce que je fais là ? Est ce que je fais bien, est ce que mon collègue Dupont ne serait pas plus apte que moi à le faire ? “

Dans les cas extrêmes, nous pouvons même avoir le sentiment de vivre frauduleusement, comme si tout n’était qu’une mascarade et qu’ un jour quelqu’un allait nous prendre en défaut et découvrir la vérité. 

Même s’il y a dans le monde professionnel de véritables « escrocs » qui n’ont vraiment rien à faire là et qui font semblant, (et qui en passant eux ne souffrent généralement pas de ce mal), ce malaise est dans la tête. C’est notre petit singe, sur notre épaule qui nous raconte des histoires qui ne sont que des histoires. 

Mon expérience du syndrome de l’Imposteur

J’ai personnellement souffert à de multiple reprises de ce syndrome et je vais vous donner quelques exemples personnels.

La toute première fois que cela c’est produit, j’étais en début de carrière. A cette époque, il y avait très très peu de femmes dans mon secteur d’activité et encore moins de femmes très jeunes. J’avais 26 ou 27 ans, j’avais déjà de lourdes responsabilités professionnelles. J’accompagnais mon patron, fondateur de l’entreprise en visite chez des clients et nous étions à un diner, dans un restaurant ultra chic, et c’était la première fois que je rentrais dans un établissement d’un tel standing.

Moi, issue d’un milieu très modeste, je me suis sentie très impressionnée à voir toutes les femmes sur leur 31 et moi qui était correctement habillée, mais avec simplicité et surtout pas le même budget. Lors de ce diner, plusieurs PDG, clients ou prospects de mon entreprise nous rejoignaient. Des messieurs proches de la soixantaine, professionnels aguerris. Les discussions allaient bon train, mais en ce qui me concernait, j’avais du mal à participer aux conversations. Tant que nous étions sur un terrain 100% professionnel, ça allait, mais rapidement les discussions dérivèrent vers les vacances aux Maldives de l’un, la croisière sur le yatch privé de l’autre et j’en passe.

Et forcément on me questionnait sur mes voyages (très limités et bons marchés à cette époque là), et est ce que je jouais au golf, etc. … et là, c’était horriblement inconfortable. Je ne me sentais pas du tout à ma place, pas dans mon milieu, avec aucun repère familier. Ce diner fut un véritable cauchemar pour moi. Je n’avais qu’une envie c’était de regagner ma chambre au plus vite.

Un autre exemple, quelques temps plus tard, toujours dans la même entreprise. J’avais créé de toute pièce un département entier, qui grossissait et là je venais de décrocher un énorme contrat, qui nécessitait des investissements très très importants pour la petite société dans laquelle j’étais. Et là, une sorte de panique m’a prise. Je me suis mis à cogiter, en doutant des calculs que j’avais fait, alors que je faisais régulièrement les mêmes mais sur des budgets moins importants.

Je me disais que je m’étais peut-être trompée quelque part, que si j’avais fait des erreurs cela aurait des répercutions catastrophiques sur mon service, mais aussi sur toute l’entreprise, et pourrait même causer notre perte. Il m’a fallu plusieurs jours avant de me calmer et de faire taire cette petite voix. Au final, tout s’est très bien passé et du coup j’ai pu signer d’autres contrats et de bien plus gros et je continue à le faire, sans que mon petit singe ne se manifeste.

Ou plutôt, dès qu’il dit un mot, je lui cloue le bec. Comment je fais ? Je me remémore des situations similaires où tout s’est très bien passé. Et je me dis, “tu as réussi à ce moment là, ne doute pas, tu as fait ce qu’il fallait, avec le même sérieux que d’habitude, il n’y a aucune raison que cette fois, cela se passe mal”. Et hop, le singe remballe sa boite à histoires. 

Sortir de sa zone de confort

Le syndrome de l’imposteur a tendance à se manifester lorsque nous sortons de notre zone de confort, par exemple lorsque l’on se voit confier un projet très important et même si on a bataillé dur pour l’obtenir ou bien lorsque l’on est en transition vers un nouveau poste par exemple, ou pour les plus jeunes au moment d’entrer dans la vie active.

Belinda Cannone le souligne dans un essai intitulé Le Sentiment d’imposture (Calmann-Lévy, 2005) : “Pour se sentir imposteur, il faut être dans la place… Le sentiment d’imposture ne vient qu’à ceux qui réussissent.”

Alors oui, si nous sommes sortis de notre zone de confort, cela veut dire que l’on avance en terrain partiellement inconnu. Donc on n’a pas encore l’expérience de toute cette nouveauté. Mais ce que l’on sait, ce que l’on a acquis est toujours là. Et cela montre aussi, que nous avons le souci de bien faire (attention toutefois au perfectionnisme, grand responsable du syndrome de l’imposteur) et que nous voulons ce qu’il y a de mieux pour nos clients, notre patron, nos employés etc. 

Mais réfléchissons un peu. Il y a peu de chances que vous soyez à votre poste par le résultat d’un hasard heureux. Vos compétences sont connues et reconnues, et c’est pour cela que vous êtes là. Il y a donc des éléments tangibles en votre faveur. Si vous avez toujours des clients, c’est bien parce qu’ils apprécient votre travail, et même si vous allez ensemble dans une zone nouvelle, qui vous fait sortir de votre zone de confort, ils sont confiants que vous saurez trouver les ressources pour y parvenir. 

Que ce soit votre patron ou vos clients, ils vous ont choisi pour une véritable valeur que vous avez démontrée auparavant et qu’ils sont confiants pour l’avenir.

Le manque de clarté

Un autre facteur déclenchant, c’est le manque de clarté. Par exemple on vous propose un nouveau poste, avec assez peu de détails, ou bien juste de grandes généralités, c’est un peu flou. Du coup, le singe se met en marche et imagine le pire sur cette nouvelle fonction, en terme de délivrables, d’exigences etc.

Vous ferez taire le singe, en demandant des précisions, un descriptif précis, qui vous permettra de d’ identifier les domaines où vous serez déjà dans votre zone d’expertise et de connaissance, et ceux sur lesquels vous aurez à vous former ou bien à trouver des ressources pour compléter vos compétences. En découpant ainsi le sujet, vous allez calmer le singe. Un peu comme un projet qui nous parait énorme et complexe, jusqu’à ce qu’on le clarifie et le découpe en petites tâches tout à fait réalisables. 

Autre tactique, imaginez que l’on propose ce nouveau job à l’un de vos collègues. Est ce que vous ne seriez pas un peu « jaloux » et ne souhaiteriez pas secrètement qu’il vous soit confié ? Si oui, eh bien, ça tombe bien, on vient que vous le confier. Alors go !

Passer à l’action

Si vous attendez que la peur s’estompe pour passer à l’action, vous risquez de laisser passer bon nombre d’opportunités. 

« L’amateur croit qu’il doit tout d’abord vaincre sa peur et ensuite faire son travail. Le professionnel, sait que la peur ne peut pas être vaincue » Stefen Pressfield – écrivain Américain

C’est la peur qui cause ce syndrome de l’imposteur. En tant que professionnel, vous savez que le meilleur moyen de la faire taire, c’est de passer à l’action. Une fois bien en mouvement, vous n’entendrez plus votre petite voix, trop occuper à faire ce qu’il faut pour réussir. 

Comme nous en avons déjà discuté, sortir de la zone de confort nous fait progresser. Donc potentiellement à chaque pas vers l’inconnu, la petite voix s’enclenche. Si vous commencez à l’entendre, clouez le bec en vous disant que c’est le prix de votre progression, et absolument pas le signe que vous n’êtes pas à la hauteur.

Au contraire, c’est que vous êtes sur la bonne voie pour faire de grandes choses.

Le Syndrome de l’Imposteur et les Femmes

Je parlais tout à l’heure de ce syndrome et des femmes. En effet ce syndrome est particulièrement présent chez les femmes dirigeantes. On peut le détecter par des petites phrases. Ainsi, si votre patron vous félicite de votre bon travail et vous que répondez « je n’y suis pour rien c’est mon équipe qui a tout fait » ou bien « j’ai juste eu de la chance » il se pourrait bien que vous soyez vous aussi victime de ce syndrome. 

Les femmes ont tendance à douter de leur légitimité, plus que les hommes. Surtout en phase de changement, avec une sortie de la zone de confort. 

Pourquoi plus les femmes ? 

Cela semble lié à un sentiment de culpabilité que peuvent développer certaines femmes en acceptant un nouveau challenge, sentiment nourrit par l’éducation et par la force de l’image de ce que doit être une bonne mère, une bonne épouse et les clichés qui vont avec. Les femmes ont plus souvent peur qu’un nouveau challenge fragilise toute leur vie, professionnelle et personnelle, affecte la vie de famille, l’éducation de leurs enfants etc. Et la peur s’installe de ne pas y arriver au travail, mais aussi à la maison. 

L’American Psychological Association a publié un article, «Feel Like a Fraud?»,  qui mentionne l’étude des années 1970 dans laquelle deux psychologues, Suzanne Imes, Ph.D., et Pauline Rose Clance, Ph.D., ont identifié pour la première fois le syndrome de l’imposteur. Elles ont constaté que cela se produit chez les plus performants qui sont incapables d’intérioriser ou d’accepter leur succès. Les personnes atteintes du syndrome de l’imposteur ont tendance à attribuer leurs réalisations à la chance et vivent dans la peur constante d’être démasquées en tant que fraudes ; c’est une forme de doute de soi.

Dans l’étude intitulée «Le phénomène des imposteurs chez les femmes les plus performantes: dynamique et intervention thérapeutique», dans laquelle les psychologues Clance et Imes ont identifié et décrit le syndrome de l’imposteur, elles ont constaté que les femmes avaient tendance à attribuer leurs succès à des causes extérieures, telle que la chance ;  tandis que les hommes associaient leur succès à leurs propres capacités. Les hommes ont tendance à être propriétaires de leur succès, alors que les femmes sont plus susceptibles de projeter la cause vers l’extérieur ou vers une qualité interne temporaire, par exemple en travaillant dur pour obtenir le résultat attendu.

Cela touche aussi les hommes, mais différemment et plutôt des hommes autodidactes qui ont réussi à la force du poignet.

Il s’ensuit dans les 2 cas une forte peur de l’échec, l’autodénigrement, des heures incalculables passées au bureau et un rejet des feedbacks positifs. 

Le perfectionnisme

Les perfectionnistes ont aussi une forte tendance à ressentir ce syndrome, ce qui les conduit dans une sorte de spirale infernale, où ils passent plus d’heures au travail pour tenter d’atteindre la perfection, tellement ils ont peur que quelqu’un les « démasque ». Il s’ensuit qu’ils ont tendance à passer moins de temps avec leurs collègues, moins de temps à participer à des activités qui ne sont pas à 100 % en rapport avec leur job. Et aussi, une forte atteinte à notre efficacité. En effet, nous savons qu’en tentant de faire des choses parfaitement, cela développe une tendance à la procrastination et donc une perte de notre efficacité.

En sortir

Pour se sortir du cercle vicieux, il est nécessaire de :

  • Travailler sur ses croyances personnelles, 
  • Faire le point sur ce qui a été accompli jusque là dans sa carrière, et en reconnaissant et acceptant nos succès
  • Se faire accompagner par un coach par exemple ou un mentor,
  • Travailler sur sa propre image, en se rendant compte que l’on a tous de la valeur, indépendamment des actions faites, des échecs ou des réussites. 

Je vous invite à lire un article récent de Capital, en lien dans les notes de ce podcast, qui décrit des techniques et des études sur ce sujet. https://www.capital.fr/votre-carriere/salariees-debarrassez-vous-du-complexe-de-limposteur-1303093

autres ressources : 

http://www.hbrfrance.fr/magazine/2016/03/10066-le-syndrome-de-limposteur/

https://www.capital.fr/votre-carriere/ces-jeunes-brillants-persuades-detre-des-imposteurs-1255194

Priscille LIVENAIS
Maman divorcée et très active, j'ai une passion pour l'organisation, la gestion des projets et les outils de productivité. Mon but n'est pas de tout faire, mais de ne faire QUE ce qui compte vraiment pour mener la vie que je souhaite , tout en sérénité.
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